Un collègue du Nord nous fait parvenir un texte du SE-Unsa. Dans ce courrier, le SE-Unsa justifie sa signature en revenant point par point sur les principaux reproches qui lui sont adressés. Il explique également pourquoi il fallait signer...
Tous ces arguments sont déjà connus mais il nous a semblé utile de les rappeler dans leur intégralité et les porter, à nouveau, à la connaissance de tous les directeurs. Que chacun se fasse son propre jugement !
Texte du 12 mai 2006
Pourquoi avoir signé le protocole DIRECTION D’ECOLE ?
Le SE-UNSA a un certain nombre de mandats, établis par ses congrès nationaux (le dernier date de mars 2004) et précisés par son Conseil National. C’est pour ces mandats que nous avons déclenché la grève administrative en janvier 2000.
Ce sont les mêmes mandats que nous avons toujours défendus et essayé de faire avancer face au ministère.
Notre signature a été le résultat d'un débat important dans nos instances, après une consultation individuelle des syndiqués.
Pourquoi avoir signé ?
Notre décision est avant tout marquée de réalisme et de pragmatisme.
Au SE-UNSA on ne dit pas systématiquement oui par habitude ni non par principe.
Ce protocole fait apparaître, pour la première fois depuis 2000, les trois volets auxquels le SE-UNSA est attaché : décharges, revalorisation financière, clarification des missions et allègement des tâches. Signer ce protocole est pour nous un moyen et non une fin. Il s'agit d'engranger les améliorations, fussent-elles partielles, pour mieux relancer la bataille pour ce qui n'a pu être obtenu.
Quelle est la réalité de toute négociation ?
On le sait pertinemment, il ne suffit pas de demander pour obtenir et le résultat ne dépend pas de la radicalité des revendications. Il y a, en face de nous, un employeur que nous essayons de faire bouger et ce protocole constitue le maximum de ce que le ministère était prêt à concéder. Ce protocole est le résultat de négociations. Cela signifie que nous avons bataillé face au ministère pour d'abord en obtenir l’ouverture (6 ans de grève administrative !) et ensuite, au cours des discussions, pour faire modifier le texte en essayant qu'il aille le plus possible dans le sens de ce que nous revendiquions.
Pour le SE-UNSA, l'efficacité syndicale ne se mesure pas au discours. Le jusqu’au-boutisme du verbe cache en effet trop souvent une certaine inanité des résultats concrets.
Il n'a jamais été question de dire, au SE-UNSA, que ce que le ministère propose est génial et solutionnera tous les problèmes : nous aussi on voulait plus, beaucoup plus.
La question cruciale est de savoir s’il faut choisir le tout ou rien:
- le tout, ce qui suppose que, alors que la mobilisation actuelle ne l'a pas permis, on est capable soudain de construire une mobilisation d'un telle ampleur qu'elle permettra de tout obtenir;
- le rien par conséquent, puisque refuser les mesures du protocole signifie qu'elles ne s'appliquent évidemment pas.
Que se serait-il passé en cas de non signature ?
à Les stages filés dégagent des moyens supplémentaires en ETP (équivalents temps plein qui sont venus remplacer les emplois budgétaires jusqu’alors utilisés pour programmer le budget). Soyons concrets : il y a 7135 écoles de 4 classes concernées par une décharge.
Cela signifie 7135 x une journée par semaine, soit un apport de 1641 ETP. De plus, si on ne fixe pas l’utilisation de ces ETP récupérés, le Ministère pourrait faire une économie de 55 millions d’euros en retirant l’équivalent de ces ETP au budget 2007, sans avoir pour autant à « toucher » aux emplois actuels 1er degré dans la carte scolaire, et sans avoir ainsi à se justifier d’une diminution de moyens d’enseignement devant élève. Si on ne fixe pas l’utilisation des ces ETP, c’est le risque que nous prenons !
à Les EVS auraient été utilisés à autre chose, sur des profils encore moins intéressants pour eux et pour les écoles qui les reçoivent.
Décharges « Ce n’est pas une avancée ? »
Est-il scandaleux que les 7135 collègues directeurs d'écoles à 4 classes, qui étaient totalement exclus du régime des décharges, puissent bénéficier enfin d'une journée hebdomadaire ?
Au SE-UNSA, nous pensons que ce n'est que justice mais il est vrai que c’est aussi notre syndicat qui avait, non sans mal en 1996, obtenu que les directeurs de 5 classes puissent eux aussi avoir du temps qui leur était jusqu'à lors refusé. Lors des négociations, nous avions évidemment exigé plus et pour tous les collègues, car nous sommes demandeurs d'une refonte complète du régime de décharges.
Le ministère n'a pas voulu aller au delà, comme nous le souhaitions. N'ayant pas obtenu tout, il aurait donc mieux valu n'avoir rien ?
Il aurait fallu refuser cette avancée pour les collègues concernés, puisque l’on n’obtenait pas quelque chose pour chaque directeur ? Comment peut-on parler de recul, alors que cela ne retire rien à ceux qui ont déjà quelque chose ?
« Il n’y a rien pour les autres écoles... »
Les mandats du SE-UNSA ne portaient pas uniquement sur les 4 classes, mais c’est une première avancée. Rappelons que nous avons mis 9 ans pour obtenir sur tout le territoire la décharge pour les écoles de 5 classes ! Nous demandions une refonte complète du régime de décharges, avec un régime unique entre maternelles et élémentaires, ce qui aurait fait passer les 9 classes à une demi-décharge.
Mais nous savons qu’il ne suffit pas de demander pour obtenir. Nous continuerons donc à nous battre pour faire aboutir nos revendications pour les autres écoles.
ISS « C’est l’aumône... »
C'est sans doute insuffisant (voir nos revendications catégorielles) et encore loin de ce que nous réclamions, mais ce n'est pas un détail dans un contexte où certains, au gouvernement et dans la majorité, trouvent qu'avoir fait perdre 5 % de pouvoir d'achat aux fonctionnaires est déjà trop faible...
Ce sont dix millions d'euros qui sont mis sur la table, à prendre ou à laisser, en sachant pertinemment qu’ils seront au mieux utilisés à d’autres fins et au pire qu’ils passeront en pertes et profits, si on ne prend pas.
Ne vaut-il pas mieux que les 20 % soient dans le portefeuille des directeurs plutôt que de laisser le gouvernement en faire l'économie ?
De plus cette augmentation de 20 % de l'indemnité de sujétion spéciale que percevront tous les directeurs d'école s'ajoutera aux deux augmentations que nous avions obtenues, l'une en 2002 et l'autre en 2003.
« C’est une bonification indiciaire que nous réclamions... »
Nous aussi ! On sait bien à quel point la BI a son importance notamment dans le calcul de la pension mais le Ministère ne s’est pas engagé sur ce terrain.
EVS « Nous n’avons pas besoin de quelqu’un pour faire le travail à notre place. »
"Le directeur doit pouvoir bénéficier d'une assistance dans l'accomplissement de tâches matérielles et d'accueil, liées au fonctionnement de l'école". C'est la première fois que le ministère de l'Education nationale reconnaît officiellement le principe d'une aide administrative aux directeurs. Le fait d'avoir obtenu l'inscription de cette phrase peut être considérée par nous comme un point d'appui important pour la suite. Il est clair cependant que les EVS ne sont pas les postes de secrétariat que nous demandons.
Assurer le standard téléphonique, gérer des agendas, faire des commandes, réceptionner des livraisons, saisir des listes, prendre des rendez-vous, frapper des courriers, ... : autant de tâches importantes, mais chronophages, alors qu'il s'agit d'un travail de secrétariat administratif que d’autres pourraient faire. Est-il préférable d'en rester à la confusion des genres d'aujourd'hui avec un directeur factotum ?
Nos mandats de Congrès précisent la revendication d’heures de secrétariat administratif, pour libérer les directeurs d’un certain nombre de tâches matérielles. Il est important pour nous que les directeurs puissent se recentrer sur l’animation et la coordination pédagogique, ainsi que sur la relation aux familles et aux partenaires extérieurs.
« C’est de la précarité, alors que nous sortons du combat contre le CPE. »
Les EVS sont effectivement des emplois précaires, ce que le SE-UNSA a dénoncé lors des discussions avec le ministère, et bien avant elles puisque nous les avions critiqués dès leur création l'été dernier, dans le cadre du plan dit Borloo.
La décision d'implanter ces 50 000 nouveaux emplois a été prise par le gouvernement pour faire baisser significativement les statistiques du chômage en vue de l'élection présidentielle. Cette décision de recourir plus massivement à l'emploi aidé avait déjà été prise avant l'ouverture des discussions sur la direction d'école et ne dépend donc pas du protocole. Ce dernier stipule "Pour la rentrée 2006, il sera proposé à toutes les écoles le recrutement d'un EVS affecté à ces fonctions". Le terme "il sera proposé" est important et c'est nous qui avons obtenu cette formulation. Cela signifie en clair que, si l’école n'en veut pas, il lui suffira tout simplement de décliner l'offre.
SE UNSA
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59@se-unsa.org
Il serait fastidieux de reprendre, un par un, les arguments du SE-Unsa et d'en faire la critique. Nous l'avons déjà fait dans nos analyses précédentes (lire nos articles antérieurs).
Ces arguments ne sont ni sérieux, ni étayés, ni crédibles sur le fond. Ils n'ont d'autre objectif que de faire cesser la grève administrative et casser le mouvement des directeurs, qui, pensait le SE-Unsa, aurait pu entraîner la profession vers l'obtention d'un statut que refusent les syndicats "majoritaires".
Le SE-Unsa affirme "Nous continuerons donc à nous battre pour faire aboutir nos revendications...". Mais chacun sait bien qu'après toute négociation suivie d'un accord, la revendication se met en veille prolongée pendant une durée plus ou moins longue.
Le SE-Unsa reconnaît qu'il a fallu 9 ans pour que toutes les écoles de 5 classes soient déchargées ! A ce propos, rappelons que certaines d'entre elles auront un retrait de 6 semaines de décharge dans l'année. Belle avancée...
Si l'on considère que l'action risque d'être mise en sommeil quelques années avant de reprendre progressivement, combien de dizaines d'années faudra-t-il avant que les directeurs aient une vraie reconnaissance statutaire et financière ?
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