Dans le dossier des EVS destinés à l’aide administrative des directeurs d’école, on ne sait
trop comment qualifier le SNUipp… L’arroseur arrosé ? Le pompier pyromane ? On pourrait l’affubler d’autres qualificatifs si les premières victimes n’étaient pas, avant tout, les
directeurs eux-mêmes.
Le SNUipp-FSU Nord a été reçu le lundi 21 septembre en audience par l’IA du Nord… A l’issue de cette audience
de rentrée qu’il qualifie de « riche en échanges mais pauvre en moyens pour améliorer les conditions d’exercice », ce syndicat nous dresse
l’état des lieux sur un certain nombre de « dossiers des personnels ». Nous avons retenu celui des EVS qui nous concerne
directement.
-----------------------------------------
« EVS-AVS : état des
lieux
Depuis 1998, avec la création des premiers contrats précaires et l’apparition des aides éducateurs, le
besoin de personnels supplémentaires pour l’aide administrative, la vie scolaire, puis l’accompagnement des élèves en situation de handicap est réel. Malheureusement depuis cette période l’état
n’a cessé de multiplier le recrutement de personnels sous contrats précaires. Alors que le SNUipp-FSU demande que ces personnels soient recrutés sur des emplois pérennes sous statut public. Nous
déplorons qu’à cette rentrée trop d’écoles et d’élèves pâtissent du désengagement de l’Etat.
Le nombre global d’EVS, pour l’aide à la direction, n’a pas
augmenté. Les écoles qui font la demande d’un EVS ne sont pas satisfaites. Qu’en est-il ? »
Réponse de
l’IA
« Lors de la mise en place de ce
dispositif en 2006, toutes les écoles n’avaient pas répondu.
Depuis les nouvelles demandes posent problème.
Pour satisfaire les quelques 60 écoles qui réclament une aide administrative, nous devons « redéployer »
les contrats d’EVS. Pour ce faire il faut anticiper les fins de contrats, élaborer une carte cible faisant apparaître les nouvelles demandes (nouveaux besoins) et les écoles qui ont plusieurs
EVS. La contrainte supplémentaire est de redéployer ces moyens sur un même secteur d’emplois.»
Commentaires du SNUipp
« Concrètement, le SNUipp-FSU regrette que les écoles qui
ont fait une demande postérieure à 2007 n’auront pas satisfaction.
Le SNUipp a dénoncé cette gestion de la crise. Elle fait apparaître que malgré la signature d’un
protocole d’accord signé par deux organisations syndicales minoritaires (SE-Unsa et Sgen-Cfdt) en 2006, l’Etat ne tient pas ses promesses et ne cesse de se désengager.
Le SNUipp Nord appelle les écoles qui ont fait ces demandes à les renouveler à l’Inspection
Académique et d’en envoyer un double au SNUipp-FSU. Dans le même temps, il invite les écoles qui
bénéficient de plusieurs EVS de rappeler leurs besoins légitimes (puisque reconnus en leur temps) et qui risqueraient de faire les frais du redéploiement.
Pour le SNUipp-FSU c’est la création en nombre suffisant d’emplois pérennes sous statut public dont les
écoles et le service public ont besoin. »
-----------------------------------------
En 2006, nous avons dénoncé la signature du protocole par le SE-Unsa qui a eu pour conséquence le gel des
revendications des directeurs d’école.
Nous avons estimé que les « avancées » n’étaient pas
à la hauteur de nos espérances. Certes, nous avons salué l’obtention d’une journée de décharge pour les écoles à 4 classes, mais on sait que les moyens mis en place ont posé de nombreux problèmes
aux écoles de 5 à 9 classes.
L’augmentation de 15 euros de l’ISS était inférieure au coût d’un timbre par jour. Les EVS, bien qu’apportant
une aide significative, ne nous semblaient pas la solution la mieux adaptée à la situation difficile vécue par les collègues insuffisamment déchargés de cours. D’ailleurs, plus de 10 000
directeurs ont mis en avant leurs revendications dans l’enquête IFOP commandée par le GDID.
Beaucoup de directeurs ont cependant demandé et obtenu un(e) EVS. Certains ont refusé pour des raisons très
respectables et continuent d’assumer leur choix. D’autres, enfin, ont suivi le SNUipp fer de lance de l’opposition au protocole, et ont donc refusé les EVS.
Problème pour cette dernière catégorie : depuis 2006, le SNUipp a changé d’avis et ces collègues
éprouvent maintenant les pires difficultés à obtenir le moyen convoité.
Il nous semble que le SNUipp n’a pas adopté une attitude responsable vis-à-vis de ces collègues. En effet, il
suffit de relire les nombreux textes qu’il a publiés en 2006 pour dénoncer le recrutement des EVS et encourager les directeurs à les refuser.
Quelques exemples :
Extrait du courrier destiné à l’IEN et l’IA (SNUipp 21)
« Les EVS ne correspondent en aucun cas à cette attente qui est
la nôtre et à notre conception du service public. Nous avons donc choisi de ne pas en accueillir dans notre école. »
Texte de la résolution à rédiger en conseil des maîtres (SNUipp 22) :
« Le conseil des maîtres de l’école de
................................... réuni le ................... dénonce le recrutement d’Emploi de Vie Scolaire qui amplifie et aggrave la précarité dans les services publics de l’Education
nationale. Les enseignants revendiquent un temps de décharge pour toutes les écoles sans que cela porte atteinte à la formation initiale et continue. »
« Il [SNUipp 83] suit en cela les instructions de ses membres, hostiles à 61% au texte même si une majorité de mesures sont approuvées, comme la décharge partielle. Les adhérents
ont refusé les EVS et la revalorisation salariale.
Les mesures ne sont assorties d’aucune création de postes et
remettent en cause la formation continue et initiale.
En outre le recrutement d’un EVS (Emploi de Vie Scolaire) renforce
la précarité et ne correspond pas aux besoins de personnels aux fonctions pérennes et qualifiées. Pour la même somme qu’il s’apprête à dégager afin de recruter 50 000 EVS, le gouvernement
pourrait créer 27 000 emplois de fonctionnaires. »
Aujourd’hui, trois ans plus tard, le SNUipp déplore que les postes d’EVS ne soient pas en
nombre suffisant… encourage les directeurs à réclamer une aide administrative et invite ceux qui en ont plusieurs à lutter pour les conserver.
Les collègues qui ont suivi ce syndicat dans ses pérégrinations ont bien des raisons d’être
mécontents car, malgré ses efforts, le SNUipp ne parvient pas à leur faire obtenir ce qu’il leur a demandé de ne pas accepter en 2006.
La volte-face du SNUipp, dès 2007, sur les EVS souligne, une fois de plus, l’absence de
réflexion sur le métier de directeur d’école. Il faut en effet rappeler que les EVS ont d’abord été créés pour apporter une aide administrative aux directeurs.
Il serait temps que le SNUipp se libère de sa vision
idéologique du « p’tit chef » et adopte une position claire, réfléchie et pragmatique sur la nécessaire reconnaissance institutionnelle du directeur d’école, véritable moteur de notre
école publique.
Hélas, le SNUipp n’en prend pas le chemin. Dans un « chat » au Monde.fr, le 2
septembre dernier, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU se prononce clairement contre un statut de directeur d’école.
Question : Pourquoi êtes-vous contre un statut pour
les directeurs d'école ?
Gérard Aschieri : Cet avis est partagé par la masse des collègues
du premier degré, qui considèrent important que le directeur d'école soit un de leurs pairs et à franchement parler, je ne vois pas en quoi mettre une étagère supplémentaire dans la hiérarchie de
l'éducation nationale permettrait d'améliorer la lutte contre l'échec des élèves. En revanche, ce qu'il faut, c'est donner à ces directeurs les moyens d'exercer correctement leurs fonctions en
termes de temps, mais aussi de personnels, par exemple de secrétariat.
Question : Quand vous dites que les écoles doivent être
dirigées par un "pair", cela veut-il dire qu'il ne doit pas il y avoir d'autorité hiérarchique ?
Gérard Aschieri : Le directeur, sans avoir de pouvoir
hiérarchique, a en général une autorité sur ses collègues. Mais il n'y a pas besoin pour cela de statut. Il y a d'abord besoin de conditions de travail qui lui permettent d'exercer sa
fonction.
Décidément, le SNUipp reste enfermé dans ses certitudes passéistes et idéologiques. Et l’on
comprend mieux « pourquoi les syndicats ne pèsent plus vraiment sur l’évolution de l’Education
nationale » comme le déclare un internaute.
La réponse de Gérard Aschieri sonne comme un aveu
d’impuissance :
« …là où nous ne faisons pas bouger de manière sensible la
politique gouvernementale, c'est sur la question des suppressions de postes, mais aussi, sans doute, sur la conception même de l'école et de son organisation … »
Cher Monsieur Aschieri, la politique du statu quo n’a jamais fait évoluer les choses… dans quelque domaine que ce soit.
Retour à la page d’accueil