Depuis plus d’un an, Sous le pseudo « Froment », l’un de nos collègues, très favorable à un statut de directeur et passionné d’économie nous livre régulièrement ses réflexions au travers de commentaires souvent très pointus et passés au travers du prisme économique.
Il nous a récemment promis une version plus détaillée de sa vision de l’avenir du statut de directeur d’école. Pour lui, aucun doute, la mauvaise santé économique du pays plombe la réforme du statut que nous attendons tous. Nous reproduisons en intégralité, ci-dessous, le texte qu’il vient de nous envoyer.
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En septembre 2006, 93 % des directeurs d’école se sont déclarés favorables à un statut professionnel lors de la consultation IFOP commandée par le GDID. Résultat considérable tant par le taux de participation que par celui des réponses positives. Aucun doute, à l’unanimité ou presque, les « enseignants chargés de direction » attendent une vraie reconnaissance de leur métier.
Pourtant, 20 mois plus tard, rien n’a changé. Toujours la même attente. Toujours le même silence du ministère. Toujours la même indifférence des syndicats. Aucune négociation en cours. Pire, la situation économique du pays a changé et avec elle, la probabilité du statut semble s’éloigner.
En effet, deux éléments jouent contre le statut. Le premier est d’ordre idéologique. Les syndicats majoritaires n’ont pas évolué dans le sens d’une reconnaissance du métier de directeur. S’ils acceptent qu’on lui donne quelques moyens supplémentaires (décharges, indemnités), ils refusent de voir le directeur se transformer en vrai responsable institutionnel de l’école. L’idée de « chef » (petit ou grand) leur est insupportable.
Paradoxalement, les directeurs eux-mêmes ne luttent pas vraiment pour contrer la « puissance » syndicale. On le voit bien, lorsque des salariés veulent imposer leur point de vue à leurs responsables syndicaux, ils le peuvent. En 68, les ouvriers de chez Renault ont conspué le leader de la CGT venu leur apporter la « bonne nouvelle » des accords de Grenelle. Plus près de nous, les marins pêcheurs ont refusé l’accord passé par leurs représentants avec le ministre de l’agriculture et ont poursuivi le blocage des ports.
En fait, tout se passe comme si les directeurs avaient peur qu’on leur donne plus de pouvoirs alors qu’ils n’exercent pas ceux dont ils disposent aujourd’hui, comme s’ils avaient un complexe d’infériorité définitif.
Le second élément qui fait obstacle au statut est lié à la conjoncture économique. Celui-ci se double d’un aspect structurel propre à la répartition des établissements scolaires du 1er degré.
Sur le plan économique, tous les experts confirment les propos du Président de la République : « les caisses sont vides ».
Certes, il existe bien des économistes qui se montrent moins pessimistes. Ainsi, Mathieu Plane, économiste de l’OFCE, qui intègre les actions de
l’Etat et qui arrive à ce résultat surprenant : « Si l'on déduit les actifs physiques de la dette, l'Etat
est créditeur de 37.8% du PIB.
Moralité, le bébé français ne naît pas avec une dette de 18700 euros sur les épaules comme le disent les Cassandre, mais un crédit de 11000 euros ».
Oui, c’est exact… sauf que les actifs ne sont pas cessibles…
L’aspect structurel de cette difficulté financière est propre à l’Education nationale. L’enseignement primaire est constitué d’un vaste réseau d’écoles souvent de petite taille. Certes, le nombre d’écoles décroît de façon régulière depuis de nombreuses années mais la France comptait encore 49 928 écoles publiques à la dernière rentrée de septembre 2007.
Parmi les 59 % de directeurs qui disposent d’un temps de décharge, 83 % ont 1/4 de décharge, 13 % une ½ décharge et seuls 4 % ont une décharge complète.
Il est important de bien garder ces chiffres en tête pour comprendre l’effort financier colossal que représenterait la création d’un statut.
Bien sûr, il est possible de créer un statut à moindres frais. Un statut pourrait ne comporter que la stricte reconnaissance institutionnelle du métier de directeur. Ce serait une avancée capitale. Mais passé le moment d’euphorie « on a gagné ! on a gagné ! », viendrait vite la déception de la coquille vide. En effet, ce qu’attendent les directeurs et toutes les enquêtes le disent, c’est la reconnaissance mais aussi et surtout les moyens nécessaires pour mieux faire fonctionner leur école.
Du temps, du temps, du temps, réclament les directeurs. Or, le temps ne peut être attribué qu’en accordant des décharges d’enseignement. Seulement, voilà ! Le temps de décharge passe par des créations de postes en nombre considérable.
Rappelons-nous : la signature du protocole a « accordé » ¼ de décharge aux 7135 directeurs de 4 classes par l’utilisation de stagiaires IUFM avec les conséquences que l’on sait et que nous n’avons cessé de dénoncer. Mais ces stages filés représentaient l’équivalent de 1641 ETP (Emploi Temps Plein).
Pour que le statut présente réellement un intérêt palpable par les directeurs, il conviendrait, à minima, de transformer les 3827 demi décharges en décharges complètes et d’augmenter de façon significative le temps de décharge des 29 000 collègues qui n’en ont qu’un quart. Il ne faudrait pas oublier non plus les milliers de collègues qui ont moins de 4 classes… Bref, des milliers de postes à créer. Autant dire qu’en l’état actuel de nos finances, c’est mission impossible avant de nombreuses années.
On m’a souvent rétorqué : « quand le gouvernement veut trouver de l’argent, il en trouve » et de me citer la « prime de Noël » des chefs d’établissement du secondaire. Mais, c’est une goutte d’eau par rapport à des créations de postes qui engagent l’état pendant 40 ans. A bien y regarder, les avancées obtenues par les salariés en détresse ne sont bien souvent, hélas, que des arrangements budgétaires sans lendemain.
D’ailleurs, « Bruxelles » veille… Le 28 mai, elle demande à la France de "mettre en oeuvre
l'invitation politique du conseil du 12 février", date à laquelle les ministres des Finances de l'UE avaient demandé à Paris de "renforcer sa consolidation budgétaire". Cette recommandation
est l'un des trois instruments dont dispose la Commission pour rappeler un Etat à l'ordre sur ses déficits.
Elle peut par ailleurs choisir d'ouvrir une procédure dite de "déficit excessif", ou envoyer une mise en garde "précoce" pour demander à un Etat de réagir. Bruxelles devrait appeler
aussi la France à "soutenir le processus de réforme de manière interne à travers une application ambitieuse des recommandations" de la Révision générale des politiques publiques (RGPP),
lancée en décembre dernier, et censée réformer l'Etat et produire des économies substantielles sur cinq ans.
L’idée de créer un corps particulier de directeurs du 1er degré a également été évoquée à plusieurs reprises sur ce site. C’est même le libellé de l’article 1 du projet de statut proposé par le GDID. Or, pour les mêmes raisons que celles énoncées plus haut, c’est impossible. La France s’est lancée dans une réforme qui vise à restructurer la fonction publique. Les différents corps vont être regroupés en grandes filières pour former ce que le gouvernement appelle la « fonction publique de métiers ». Je ne reviens pas plus explicitement sur cette réforme qui a fait l’objet d’un article complet sur ce site (*).
A mes yeux, la seule possibilité d’intégrer les directeurs d’école dans un « corps », ce serait de les associer aux personnels de direction regroupés dans l’actuel corps des chefs d’établissement. Mais il conviendrait de le demander avant que la réforme ne touche concrètement les métiers de l’enseignement.
Naturellement, cette intégration ne serait pas sans conséquences sur la nature du « cadre statutaire » qui attribuerait de facto aux directeurs d’école une fonction hiérarchique. Mais le veulent-ils ? On entre là dans un tout autre débat. Il convient aussi de savoir qu’une étape intermédiaire est tout de même indispensable pour être compatible avec l’état de nos finances, c’est la réduction drastique du nombre de directeurs d’école. Cette réforme est en phase d’expérimentation. Elle est imparfaite. Elle ne nous convient pas telle qu’elle existe actuellement mais elle a un nom : EPEP. C’est sur ce terrain que nous devons porter notre combat si l’on ne veut pas rater le train de la réforme. Train qui ne repassera pas de sitôt…
Alors devant ce constat ô combien pessimiste que je dresse, faut-il baisser les bras et renoncer à réclamer un statut jusqu’à rétablissement des finances publiques ? Evidemment non ! Nous devons maintenir la pression ne serait-ce que pour faire évoluer les esprits des « responsables » syndicaux et signifier au pouvoir en place que la coupe est pleine.
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(*) Notre collègue fait référence à notre article du 12 mai
intitulé :
« La création d’un corps de directeurs d’école : hautement improbable »
Question écrite posée le 20/05/2008 au ministre de l'Education nationale
par le Député M. Meslot Damien
(UMP -
Territoire-de-Belfort)
M. Damien Meslot attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la revalorisation de la prime allouée aux directeurs d'école. Une augmentation forte des indemnités des directeurs d'école a été envisagée par le Président de la République et, pour l'heure, aucune mesure en ce sens ne semble avoir été engagée. C'est pourquoi il lui demande de bien vouloir lui indiquer s'il est dans ses intentions de revaloriser les indemnités des directeurs d'école et sous quels délais cette revalorisation pourrait intervenir.
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