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Le statut de directeur d'école dans les projets

 

Certains candidats ou partis évoquent le statut de l'école et de son directeur.

Qu'en disent-ils ?

 

Marine Le Pen
UMP
UMP & PS

Philippe Poutou 

8

 

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Le site des directeurs

La synthèse et les résultats de la consultation IFOP - GDID sont disponibles sur le site de l'Ifop à l'adresse suivante (cliquer sur le panneau ci-dessous) :

 

 

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Analyses

Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 22:04

 

A un an de l’élection présidentielle, il ne fait mystère pour personne que Nicolas Sarkozy va se représenter aux suffrages des citoyens pour un second mandat. Ses conseillers, ses soutiens, son parti sont entrés dans une phase active : celle de valoriser l’action des 4 premières années du quinquennat.

Les adversaires politiques du Président s’efforcent, eux aussi, à comparer les réalisations et les promesses du candidat de 2007. Opération pas toujours facile à réaliser car l’UMP supprime discrètement les sites de propositions 2007 affichées sur Internet.

Dans le domaine de l’éducation, et plus particulièrement celui de l’école, le ministre Luc Chatel s’évertue à magnifier le travail effectué depuis 2007. Sur toutes les antennes des médias, il justifie, explique, glorifie les réformes qui ont jalonné ces quatre années. Hélas, faute de journalistes spécialisés au fait des réalités du terrain, il ne se trouve que très rarement de contradicteurs sur son chemin…

 

Le remplacement des enseignants absents

 

Le ministre répète à l’envi que « 96,2 % des absences d’enseignants sont remplacées ». Qui relève que ce taux ne correspond pas à la réalité ? Aucun journaliste ne semble savoir que dans le secondaire les absences de moins de 15 jours ne sont pas remplacées et que la situation est critique dans le primaire, tant le manque de remplaçants est criant du fait des suppressions de postes qui ont d’abord touché les enseignants sans classe. Pourtant, la grogne des parents d’élèves ne cesse de croître comme en témoignent les associations de parents dans l’Essonne, le Rhône et de nombreux autres départements ou la saisine de la Halde en Seine-Saint-Denis… Faute de contradicteur, le ministre peut continuer de tenir son discours dans tous les médias…

 

Le budget de l’Education nationale

 

« Depuis 1980, le budget moyen par élève a augmenté de 80% assène Luc Chatel avant d’ajouter que « le Parlement a voté cette année le budget le plus important qui n’ait jamais été voté : 65 milliards d’euros

Certes, la dépense moyenne par élève (salaires des personnels, fonctionnement des écoles, transports scolaires, manuels, ...) est passée, en primaire, de 2 920 euros en 1980 à 5 620 euros en 2008, en euros constants. Effet garanti auprès de l’opinion !

En effet, la date de référence (1980) n’est pas choisie au hasard. Elle permet d’englober la revalorisation du métier d’enseignant entreprise en 1989 par Lionel Jospin en alignant les professeurs des écoles sur les certifiés du secondaire. Ce qui a induit une hausse importante de la masse salariale dans le primaire. D’autres mesures ont également eu un impact financier important (réduction du temps de service en lycée professionnel ou du nombre d’élèves par classe).

Là encore, peu de contradicteurs dans les médias pour rappeler au ministre que la dépense publique consacrée à l’éducation est passée de 6,5% du PIB en 1997 à 6 % en 2007 (rapport de l’OCDE : « Regards sur l’Education »).

Personne encore, ou presque, pour interroger le ministre sur la récente étude (décembre 2010) du  Centre d’analyse stratégique, un organisme rattaché au Premier ministre. On y découvre, en effet, que le taux d’encadrement des élèves du primaire en France est « un des plus faibles des pays de l’OCDE » avec « 5 enseignants pour 100 élèves ». Loin derrière le Portugal, la Grèce ou l’Espagne mais aussi la Suède, la Belgique ou l’Autriche, pays dans le nombre d’enseignant pour 100 élèves oscille entre 6 et 10.

Des chiffres qui confirment les constats établis en mai dernier par la Cour des comptes qui parlait d’une sous dotation de 15 % pour l’école primaire, de 5 % pour l’école maternelle par rapport aux pays comparables.

 

Les suppressions de postes

 

Rarement interrogé sur les comparaisons avec les autres pays de l’OCDE, Luc Chatel n’hésite pas à en remettre une couche pour justifier les suppressions de postes. Ainsi, l’entend-on souvent déclarer qu’ « en septembre 2011, il y aura 35.000 professeurs de plus qu’au début des années 1990, alors que l’on compte 500.000 élèves de moins.».

Une fois encore, il nous faut déplorer la faiblesse médiatique qui accepte pour argent comptant les allégations du ministre qui peut ainsi montrer que les suppressions de postes sont indolores et sans conséquences néfastes pour le fonctionnement de l’école.

Simplement le ministre omet-il de rappeler que cet accroissement d’enseignants au cours des 20 dernières années s’explique notamment par l’allongement de la scolarité moyenne des élèves (nouvelles filières dans les lycées), l’amélioration du fonctionnement de l’école souhaité par le législateur (intervenants en langue, en informatique, décharges de directeurs de 4 classes,  allègement des effectifs d’élèves par classe …).

Poursuivre les suppressions de postes, c’est revenir sur ces améliorations et créer de mauvaises conditions de fonctionnement de l’école. C’est « donner l’impression qu’on en aurait trop fait », souligne Guy Barbier, Secrétaire national du SE-Unsa. Et, comme le constate Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp-FSU « le système a montré ses faiblesses : 20% des élèves en difficulté en fin de CM2, des élèves qui décrochent… Au lieu de fermer des classes comme aujourd’hui, il faut au contraire relancer l’investissement dans le primaire. »

 

Plus extravagante encore, dans la surenchère aux suppressions de postes, la déclaration de Georges Tron, Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique qui affirme qu’il y a encore de la marge puisque « 18 000 professeurs dans le secteur primaire ne sont pas directement en relation d’enseignement avec les enfants ».


Intervention surprenante car elle succède à une autre déclaration du même Georges Tron qui estimait, quelques jours plus tôt, dans un entretien à Libération que la politique de réduction des effectifs de la fonction publique devrait être suspendue après la présidentielle. « Je pense que la règle intangible de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne devrait pas se poursuivre après 2012 ». Et d’ajouter que
le « un sur deux » avait atteint ses limites notamment dans l’Education nationale…

Probablement, le Secrétaire d’Etat a-t-il été rappelé à l’ordre pour affirmer le contraire quelques jours plus tard. Son ministre de tutelle, François Baroin, ministre du Budget, n’avait d’ailleurs pas tardé à le démentir publiquement : « «Il n’y aura pas de changement de ligne. Le principe du "un sur deux" vaudra jusqu’en 2013, il n’y aura pas de modification de la loi.»

 

Néanmoins, la « sortie médiatique » de Georges Tron a été perçue comme « la provocation de trop » pour les syndicats qui s’interrogent sur les intentions gouvernementales. En effet, d’où Georges Tron tient-il ce chiffre jamais entendu dans les sphères ministérielles ?

Fait-il allusion aux membres des RASED dont l’effectif a considérablement été réduit ces dernières années du fait de la mise en place de l’aide personnalisée, elle-même induite par la suppression des cours le samedi ?

Songe-t-il aux 2500 conseillers pédagogiques attachés aux circonscriptions et qui accompagnent les débutants privés de formation par la récente réforme ou aux 7000 maîtres formateurs qui, eux, n’ont qu’une journée de décharge de cours par semaine ?

Pense-t-il aux titulaires remplaçants dont l’effectif a fondu comme neige au soleil et qui ne sont plus en nombre suffisant pour remplacer les enseignants absents ?

Estime-t-il superflues les décharges syndicales estimées à environ 300 en primaire pour l’ensemble des syndicats, selon Sébastien Sihr et Christian Chevalier ?

Ou, juge-t-il inutiles les décharges attribuées aux directeurs d’école pourtant considérées comme nettement insuffisantes par l’ensemble des acteurs de l’Education nationale ?

 

Comme le souligne Luc Cédelle, journaliste au quotidien « Le Monde », « le chiffre de 18 000 avancé par M. Tron n’est donc pour l’instant - le ministère de l’Education nationale ne l’ayant pas du tout confirmé - plus un chiffre fantôme qu’un nombre d’enseignants fantômes. A moins qu’il ne s’agisse - c’est une pure spéculation, mais certains la trouveront tentante - de « lâcher » un chiffre dans la sphère médiatique à la seule fin d’y habituer les consciences et d’observer, dans une habile répartition des rôles entre ministres, les réactions qu’il produit… ou pas. »

 

A ce titre, le « baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy » établi par l’Institut Thomas More est intéressant car il permet le suivi exact de l’ensemble des mesures annoncées par le Président de la République et le gouvernement.

Dans le domaine de l’Education, le bilan est plutôt jugé négativement par ce « think tank » d’opinion qui attribue « une mauvaise note pour un chantier pourtant majeur, qui sanctionne une grande lenteur à engager les réformes promises.

Après quatre ans, à peine 20% des mesures sont réalisées et près de 40% sont aujourd'hui en retard ou abandonnées. C'est le prix à payer d'une politique d'effets d'annonce : l'éducation est l'un des trois thèmes qui en compte le plus (117 contre 60 en moyenne)...

 

Détail de la note globale 6/20

Efficacité de l'action (coef 3) 3,96/20

Mise en oeuvre des réformes (coef 2) 6,98/20 

Cohérence de l'action (coef 1) 9,43/20 »

 

Bref, à écouter les différentes interventions de ministres s’efforçant de justifier l’injustifiable, on comprend mieux l’intérêt des amis du Président de faire disparaître rapidement les promesses du candidat en 2007...

 

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Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 00:06

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Qu’on évoque la création d’EPEP (cf article précédent), qu’on aborde les problèmes spécifiques liés au fonctionnement de l’école primaire ou encore la mise en place de l’école du socle commun, la question centrale et cruciale reste celle du statut de l’école et de son directeur.

 

Toutes les études ou enquêtes, tous les rapports, commandités par l’institution ou réalisés par une administration externe, mettent clairement l’accent sur l’impérieuse nécessité de modifier le statut de l’école primaire et de doter son directeur d’un statut en adéquation avec la transformation de sa fonction en un véritable métier.

 

Or, malgré les multiples recommandations qui s’amoncellent rue de Grenelle, le ministère ne bouge pas d’un iota et maintient sa position attentiste sur l’épineux problème du statut de l’école et de son directeur. Longtemps, les différents ministres se sont retranchés derrière le sempiternel prétexte du « refus des syndicats enseignants ». Refus bien réel mais faux prétexte.

Chacun sait que le ministère ne craint plus les organisations syndicales tant il connaît leur faiblesse et le faible impact de leurs éventuelles réactions pour mettre à mal la « paix sociale » en ces temps de crise.


Pour diverses raisons, les gouvernements successifs sont les principaux responsables du mauvais fonctionnement de l’école primaire et de ses piètres résultats.

L’éducation n’est plus la priorité des priorités malgré le budget du Ministère qui représente le premier poste du budget de l’Etat (21% en 2010).

La création d’établissements publics coûterait cher aux collectivités territoriales par le biais d’un transfert de compétences. Les élus locaux n’en veulent pas sachant que le transfert de compétences ne s’accompagne pas toujours, loin s’en faut, d’un transfert de finances.

La création d’un statut de directeur, pourtant souhaité par les politiques, aurait un coût important (aide administrative, décharges supplémentaires, relèvement indemnitaire…) incompatible avec le budget de l’Etat en cette période de vaches maigres, nous dit-on.

Bref, le courage politique n’est pas au rendez-vous.

 

Côté syndicats, lorsqu’on évoque le statut de l’école et de son directeur, même si la plupart des principales centrales y sont opposées, c’est d’abord le SNUipp-FSU qui est sur la sellette. Essentiellement parce qu’il est le plus important syndicat enseignant du premier degré et qu’il a la position la plus tranchée sur le sujet.

Selon ce syndicat, la désaffection pour la fonction s’explique par le décalage entre les conditions d’exercice et ce qui est mis à disposition des directeurs (rémunération, moyens, réussite sociale…).

 

Ce qui sous-tend les revendications de cette organisation syndicale :

-       Temps supplémentaire de décharge

-       Reconnaissance du conseil des maîtres comme instance de décision

-       Création d’emplois administratifs stables

-       Redéfinition et allègement des tâches

-       Revalorisation de la rémunération

-       Amélioration de la formation

-       Temps de concertation inclus sur le temps de service

 

Il faut d’ailleurs noter que le SNUipp a longtemps considéré la direction d’école non comme un métier mais comme une fonction appartenant au métier d’enseignant. Sur ce dernier point, une évolution est intervenue récemment : « Nous savons qu’être directeur, c’est avoir de nombreuses responsabilités, c’est gérer des relations avec la mairie et avec des partenaires extérieurs de plus en plus nombreux. En cela, on peut parler de métier », souligne Sébastien Sihr.

De crainte, sans doute, qu’on ne lui fasse remarquer que la reconnaissance du métier doit s’accompagner d’un statut, le secrétaire général du SNUipp s’empresse d’ajouter : « En revanche, nous avons toujours dit que nous étions opposés à une structure hiérarchique dans les écoles du premier degré. Le directeur ne peut pas être un supérieur, mais quelqu’un qui organise, qui pilote, en étant intégré à la vie de l’école. Nous ne pensons pas que créer un statut répondrait aux difficultés liées à ce métier. »

C’est globalement ce qu’exprime également le SNPI-FSU (Syndicat National des Personnels d’Inspection) qui « souhaite que les directeurs d'école soient clairement reconnus pour la valeur de leurs missions fonctionnelles. Si le décret de 1989 doit être actualisé pour que les missions et compétences des directeurs soient clarifiées, il n'est pas besoin de créer un corps de directeurs des écoles ni de donner aux directeurs d'école un pouvoir disciplinaire ou d'évaluation sur les enseignants de leur école. En revanche, deux dispositions doivent être développées prioritairement. D'une part, augmenter le temps de décharge et doter chaque directeur d'école d'un assistant administratif à temps partiel ou complet pour le seconder. D'autre part, respecter le temps nécessaire à une vraie formation initiale et instaurer une formation continue permanente pour la direction d'école. »


Pourquoi ce syndicat d’inspecteurs met-il en parallèle la création d’un corps de directeurs et le pouvoir disciplinaire ou d’évaluation ? Sur le premier point, l’allégation mériterait, pour le moins, d’être explicitée. Ses adhérents considèrent-ils que l’existence d’un corps de directeurs d’école leur serait préjudiciable ? Y voient-ils un risque d’affaiblissement des pouvoirs de l’IEN sur les enseignants du premier degré ?

Le second point (pouvoir disciplinaire) semble davantage là pour jouer un rôle d’épouvantail et de repoussoir de la première mesure évoquée. Faut-il rappeler que personne n’a jamais réclamé ni ne réclame qu’un pouvoir disciplinaire soit attribué aux directeurs d’école ?

 

Lors de son congrès de Nevers, en 2007, le SNUipp a rappelé les raisons qui le font s’opposer à l’instauration d’un statut. Ce serait « un mauvais coup porté à l’unité de la profession enseignante du premier degré en éloignant le directeur de ses adjoints sans apporter de réelles améliorations à la direction et au fonctionnement de l’école ainsi qu’à la réussite de tous les élèves ».

Là encore, l’explication est un peu courte et peut d’autant plus être assimilée à une position idéologique que pédagogique que le SNUipp refuse catégoriquement d’aborder le sujet autrement que sous la forme d’allégations régulièrement assénées par ses représentants.

S’il entend les appels des psychologues scolaires, des conseillers pédagogiques, des EVS…, force est de constater qu’une surdité sélective l’empêche d’entendre celui des directeurs d’école.

 

Refusant de reconnaître les résultats de l’enquête Ifop de 2006 commanditée par le GDID qui montrait le souhait d’un statut par 93% des directeurs, sourd à l’appel à la discussion lancé par le même GDID, le SNUipp pourra-t-il longtemps encore ignorer les directeurs d’école et leur volonté toujours et massivement réaffirmée d’être reconnus, soutenus et aidés par un statut digne du métier qu’ils exercent en ce début de XXIème siècle ?

Une absence d’écoute et un refus de défense des directeurs de plus en plus ressentis comme une forme de mépris que les directeurs d’école ne supporteront pas indéfiniment…

 

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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 18:49

 

Le 26 janvier dernier, AEF et Educ-info ont organisé une journée de réflexion sur les moyens de l’école avec pour objectif de tenter de répondre à cette question : « Quelles conséquences les 57 000 suppressions de postes (depuis 2007) ont-elles sur la qualité du système éducatif ? »

 

Luc Chatel y a expliqué que « la contrainte budgétaire actuelle doit permettre d'ouvrir les yeux et de changer de regard et d’esprit » et rappelé que  « depuis vingt-cinq ans dans l'Éducation nationale et quel que soit le gouvernement, la principale politique a consisté à ajouter des moyens aux moyens. ». Comment passer du « toujours plus » au « toujours mieux » ?

« La tension sur les moyens est une contrainte nouvelle qui s’impose sur le long terme », a reconnu pour sa part Claude Thélot, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, rappelant, en référence à l’enquête PISA qu’en terme de résultats, « notre système dérive doucement » et que cet « affaissement est grave. » Estimant qu’« il y a une certaine fécondité dans la contrainte », cet ancien directeur de l’évaluation et de la prospective au ministère de l’Education nationale a proposé de « mieux typer les priorités », c’est à dire « éviter de diminuer les moyens à l’aveugle ».

Pour Claude Thélot, « la liaison entre les moyens et la réussite est faible, pas nulle mais faible ». Aussi, suggère-t-il de ne pas faire de dépenses nouvelles sans contrepartie. « Il n’est pas normal d’augmenter le salaire des enseignants sans contrepartie ».


Eric Maurin, économiste de l’éducation à l’EHESS rappel
le qu’« il ne faut pas croire que donner plus de moyens sur telle ou telle action éducative ne donne rien. Il y a des rendements de l’éducation qui se mesurent ». Analyse partagée par Thierry Cadart, secrétaire générale du Sgen-CFDT : « L'affaiblissement des résultats du système éducatif est très important. Pourquoi s'interdirait-on de faire le lien entre une baisse des résultats et une baisse des moyens ? »

Pour Eric Maurin, la taille des classes compte, mais il ne faut pas que la baisse soit marginale. « Pour que les performances des élèves s’améliorent, il ne suffit pas de faire passer leur nombre de 23 à 22 avec des professeurs inexpérimentés, mais il faut passer de 23 à 17 en gardant les mêmes profs. »

Ainsi, l’étude menée en 2004 par Thomas Piketty (directeur d’études à l’EHESS et chroniqueur à Libération) trouve des améliorations sensibles de résultats dans le primaire lorsqu’on passe, par exemple, de 22 élèves à 17.


Certes, comme nous le répète le ministre, beaucoup de moyens ont été accordés à l’Education nationale sans que les résultats soient à la hauteur des dépenses de la nation. Il est exact que les dépenses d’éducation ont augmenté au rythme de 5% par an entre 1987 et 1993, contre 1 à 2% jusqu’alors. Mais, Eric Maurin le rappelle, « c’est l’époque où l’on crée les bacs professionnels, double les places en section de technicien supérieur (STS) et en institut universitaire de technologie (IUT), où l’on achève la mise en place du collège unique. » Pour lui, cet investissement n’est pas inutile. « C’est un investissement qui a de super rendements pour la collectivité. Des emplois mieux rémunérés génèrent plus d’impôts, moins de chômage, et donc moins de dépenses sociales. Chaque fois que l’on a fait l’effort d’augmenter d’un an la formation d’une classe d’âge, on génère un surcroît de ressources pour la société qui va bien au-delà de ce que coûte l’investissement initial. Ne pas investir, c’est renoncer à ce bénéfice. »


Pour Jean-Michel Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO),
il faut mettre des moyens sur trois facteurs de réussite : des « professeurs formés et heureux », un « pilotage offert aux chefs d'établissement » et « un climat scolaire correct ».

La formation des enseignants ? Une catastrophe dénoncée par tous les acteurs du système éducatif. Le président de la république, lui-même, lors de ses vœux le 19 janvier 2011, a appelé « à la réouverture du chantier de la formation des enseignants. » Un chantier conçu exclusivement par une approche des coûts financiers. Pour Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, “Il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès au métier enseignant”, ce que l’on a commencé à voir avec les chiffres des inscriptions aux concours.

Dans des académies comme Clermont, Lille ou Montpellier, où le rectorat n’a pas choisi de ventiler les journées de stages sur l’année mais de les « masser » sur deux ou trois semaines, certains chefs d’établissement refusent de laisser partir les profs stagiaires, faute d’avoir quelqu’un pour les remplacer.

Ce manque de moyens de remplacement commence à créer de fortes tensions également dans le primaire. En Seine-Saint-Denis, 20 écoles sur les 28 que compte la ville d'Epinay-sur-Seine sont occupées par des parents d'élèves en colère. Devraient s'y ajouter 14 écoles de Saint-Ouen et quelques autres réparties dans quatre autres villes du département.

Un rapport secret établi en octobre 2008 par le cabinet d'audit Roland Berger du temps où Xavier Darcos était ministre de l'éducation nationale, intitulé "Etude sur le dispositif de remplacement et de suppléance des enseignants du premier degré", explique les dessous du remplacement. Un inspecteur y confie comment "en période de pic, on a une gestion politique du dossier. On gère en priorité les écoles où les élus et les parents d'élève sont remuants. Une fois la crise passée, on démonte le cirque et on replante le chapiteau ailleurs", alors qu'un autre ajoute "notre priorité, c'est plutôt l'élémentaire par rapport à la maternelle".

La situation de la Seine-Saint-Denis n’aurait qu’un aspect conjoncturel, selon l’IA. Hors le pic de la grippe, le taux de remplacement serait de l’ordre de 97% si l’on excepte les absences imprévues... Ne nous y trompons pas : cette situation catastrophique se retrouve dans toutes les académies. Elle a été aggravée par les suppressions massives de postes de remplaçants opérées prioritairement dans ce secteur car c’est là que la ponction était la plus indolore et la moins visible… Dans de nombreux départements, la comptabilité des absences non remplacées tenue par les fédérations de parents d’élèves et les syndicats l’atteste.


Le moral des enseignants ne cesse de baisser comme le confirment toutes les enquêtes les plus récentes. Le pilotage des établissements ne fait pas l’objet d’une véritable réforme de fond. Qu’il s’agisse de l’école qui doit « être enfin dotée du pilotage de proximité dont elle a un besoin impérieux pour retrouver son efficacité » (lettre du GDID à Nicolas Sarkozy) ou des collèges et lycées soumis au régime des primes accordées aux chefs d’établissement. Or, cette prime de fonction et de résultats risque de rendre le « climat scolaire » un peu plus pesant encore. Ainsi, dans une tribune relayée par le site EducPros.fr, les signataires membres des instances d’Éducation & Devenir la qualifient de “décision imbécile”. “Imbécile parce que décider d’attribuer une prime sans fixer au préalable les critères de son attribution, c’est courir le risque d’en faire une « prime de servilité » ” écrivent-ils. Et ils enfoncent le clou en insistant : “Imbécile parce qu’elle prétend renforcer l’autorité du chef d’établissement alors qu’elle l’affaiblit puisqu’elle isole le chef d’établissement des personnels en ouvrant la voie du soupçon.

Autre dommage collatéral de la réduction des moyens : l’aide administrative aux directeurs d’école. Pour des raisons budgétaires, le ministère de L’Education Nationale voulait supprimer de façon considérable l’aide administrative à la direction d’école.

Après sa reconduction à la tête du ministère de l’Education Nationale et suite à nos nombreuses interventions, Luc CHATEL a soutenu un amendement au Sénat permettant de reconduire ce dispositif. Hélas, sitôt voté, le financement de 20 millions d’euros est affecté prioritairement aux missions d’accompagnement des élèves en situation de handicap. Au détriment des directeurs… L’art de déshabiller Pierre pour habiller Paul, à défaut de faire mieux avec moins…

 

« Des réformes ont été mises en œuvre, puis démises… Des rapports ont été écrits et transmis au ministre (juin 2010 rapport de l’institut Montaigne, septembre 2010 rapport du député REISS, octobre 2010 rapports M. Attali…pour ne citer que les derniers). Et malgré cela, aucune amélioration n’est venue soulager le quotidien des directrices et directeurs d’école. Pire, on nous supprime le peu d’aide que les EVS pouvaient nous apporter, on nous conteste le bonus pour accéder à la hors-classe et, alors que rien ne le justifie (puisque cela ne concerne que 15 à 20% des élèves) et que notre manque de temps est de notoriété publique, on impose aux directeurs, surchargés de travail, un face à face devant les élèves pour l’Aide personnalisée… » écrit le GDID dans une lettre ouverte au Président de la République.

L’aide personnalisée… Un artifice pédagogique pour masquer une réalité comptable liée au dogme de la suppression d’un fonctionnaire sur deux admis à la retraite. On se souvient de l’analyse faite en septembre 2008, par Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation Nationale. Au journaliste qui exprimait sa perplexité : « Comment ces 2 heures d’aide personnalisée peuvent-elles entrainer des suppressions de postes ? », il avait répondu qu’avec ce dispositif, le ministère pourrait dire que l’enseignant apporte lui-même toute l’aide dont l’enfant en difficulté scolaire a besoin et qu’il rend désormais inutile l’intervention de personnels extérieurs à la classe, comme ceux des RASED. Et de conclure tout logiquement que l’institution de l’aide personnalisée visait en fait à réaliser une économie massive de postes.

Même la PEEP, association de parents d’élèves, considérée comme proche des conceptions du pouvoir, "constate qu’une majorité de ses élus, sur tout le territoire, est inquiète par la dégradation des conditions d’accueil et d’enseignement des élèves au sein de notre service public d’éducation". Elle demande à ses élus dans les C.A. d'établissement et les autres instances de l'éducation nationale de manifester leur désaccord. "La PEEP n’approuve pas la simple logique comptable de l’Etat  qui ne s’accompagne pas d’une refonte profonde et nécessaire de notre système éducatif".


La grogne se fait de plus en plus entendre.
Les proviseurs et les principaux ont été appelés par leurs principaux syndicats (le SNPDEN-Unsa, Indépendance et direction et le Sgen-CFDT) à boycotter la réunion programmée par la rectrice de Lille sur la réforme du lycée. Avec 806 postes en moins pour 1 700 élèves en plus à la rentrée, l’académie de Lille est l’une des plus touchées. En conséquence, les syndicats estiment que les moyens ne permettront pas de mettre en place la réforme du lycée, ni de renforcer le collège. Le 17 janvier déjà, à Rennes, les chefs d’établissement avaient dénoncé des «choix budgétaires contraires à l’intérêt du service public».

 

"Les suppressions de postes dans l'Education nationale ne nuisent en rien au système éducatif" ou encore "La quantité n'est pas la réponse aux problèmes du système éducatif"… On ne compte plus les petites phrases de Luc Chatel, qualifiées de « bonnes blagues » par certains syndicalistes. De « bonnes blagues » qui ne font sourire ni les enseignants, ni les parents d’élèves…

 

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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 17:10

 

Le 31 janvier, Bernard Toulemonde, Inspecteur général honoraire de l’Education nationale était l’invité d’Emmanuel Davindenkoff au micro de France Info. Le thème de cette interview : l’Education nationale passe de l’administration au management.

Il nous a semblé intéressant de retranscrire, en entier, cette interview au cours de laquelle Bernard Toulemonde a retracé les différentes étapes qui ont conduit à la réforme progressive des ressources humaines de la rue de Grenelle. Propos également intéressants car l’ex-IGEN donne sa vision du « bon chef d’établissement » tout en reconnaissant que c’est « un colosse aux pieds d’argile » ou encore que « le roi est nu ». (pour écouter cette interview, cliquer ICI)

 

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« E.D. - Bernard Toulemonde, vous êtes Inspecteur général honoraire et surtout vous êtes un des meilleur spécialistes de l’administration de l’Education nationale à moins qu’il faille dire management aujourd’hui ?

B.T. - Lentement mais sûrement, oui, effectivement, on est en train de passer d’une administration classique à une administration de management de l’Education et la date de début, en gros, c’est 1987 quand le ministre a créé la Direction de l’Evaluation et de la Prospective (DEP) et le mouvement s’accélère.

Il s’accélère pour trois raisons : La première, c’est la compétition internationale. On sait que l’éducation joue un grand rôle dans la compétition internationale et donc l’Europe fixe des objectifs aussi aux systèmes éducatifs.

C’est aussi les consommateurs d’école, les usagers aujourd’hui ; ils exigent des résultats.

E.D. - En clair, nous… enfin, les parents, les citoyens…

B.T.  - Et même les enseignants pour leurs propres enfants et enfin, c’est la raréfaction des moyens publics. C’est un point très important : faire moins… euh… faire mieux en tout cas avec moins ou en tout cas avec autant.

Et donc, on constate depuis 1987 qu’en réalité on a eu trois phases : Dans la première phase, on s’est intéressé aux élèves, c'est-à-dire qu’on a évalué les élèves.

E.D. - C’est le moment où on voit fleurir les palmarès des lycées et autres qui viennent des chiffres des ministères…

B.T. - Voilà. Et ça, c’est le risque effectivement qu’il n’y ait qu’un palmarès mais l’Education nationale a cherché justement à sortir du palmarès et à faire des évaluations des élèves sur des enquêtes très, très précises, très pédagogiques et donner aux enseignants les moyens d’évaluer les forces et les faiblesses de leurs élèves.

Dans un deuxième temps, on s’est intéressé aux établissements, aux académies et même à l’Education nationale en général. C'est-à-dire qu’on a fait des évaluations des établissements scolaires. L’Inspection générale a fait des évaluations des établissements scolaires, des académies et puis la Direction de l’Evaluation et de la Prospective a sorti tous les documents sur l’état de l’école. C’est un livre qui est bien connu sur la géographie de l’école…

Et depuis 2005, on est rentré dans une troisième phase. Cette fois on s’intéresse aux personnels et on a ajouté un petit mot : Evaluation et Performance.

E.D. La Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP)

B.T. - …et de la Performance.

E.D. – Il fallait bien en faire quelque chose un jour. Alors on en fait quelque chose avec, entre autres, ces primes pour les chefs d’établissement. La fameuse prime, les 6000 € tous les trois ans, annoncée par Luc Chatel à ce même micro, il y a quelques jours. Qu’est-ce que ça a de nouveau ?

B.T. – Oh, ça a… c’est nouveau très partiellement. Pourquoi ? Parce que les chefs d’établissement, aujourd’hui, heureusement, les proviseurs et les principaux de collège, ils ont un régime indemnitaire relativement important. C’est vrai que beaucoup d’entre eux se donnent beaucoup à leur tâche et le régime indemnitaire, en gros, par an, c’est de 4000 à 7000 € pour les chefs et pour les adjoints de 3,5 à 6000 € par an. Et alors…

E.D. – Le régime indemnitaire, c’est la prime en langage courant.

B.T. – Oui, c’est toutes les primes de… responsabilité, de ceci, de cela… qu’ont les chefs d’établissement. Et l’idée, au fond, du ministre c’est d’ajouter une prime de performance, cette fois. Prime de performance qui serait de 6000 € sur 3 ans, c'est-à-dire de 2000 € par an.

Alors, en réalité, à ce moment-là, ça s’appelle les PFR, c'est-à-dire les primes de fonction et de résultats ; ça, l’ensemble de la fonction publique, aujourd’hui, tous les fonctionnaires sont soumis à ce nouveau régime de primes qui s’appelle la prime de fonction et de résultats.

E.D. – Question : pour les chefs d’établissement, un des critères qui sera pris en considération, Luc Chatel l’a dit, ce sont les résultats des élèves. Les enseignants n’y sont pas pour rien dans les résultats de leurs élèves or un chef d’établissement n’a aucun pouvoir managérial, puisqu’on emploie ce terme, sur les enseignants. Le roi est nu.

B.T. Absolument. Le roi est nu et je dis que c’est un colosse aux pieds d’argile. C'est-à-dire qu’il est comme un PDG dans son établissement mais en réalité il n’a pas autorité sur l’essentiel de son établissement, c'est-à-dire les enseignants. Alors, dire que c’est par rapport aux résultats de ses élèves, non, franchement. D’ailleurs les chefs d’établissement ne sont pas d’accord sur ce point-là et ne peuvent pas garantir ça.

Qu’est-ce qu’un bon chef d’établissement ? Au fond, est-ce celui qui est docile par rapport aux ordres qu’il va recevoir ?

E.D. – Ce qui est une des craintes des syndicats enseignants qui ont même parlé de servilité.

B.T. – Tout à fait. Est-ce que c’est celui dont on n’entend pas parler parce qu’il achète la paix sociale dans son établissement ? Celui-là, il ne dit rien, il ne demande rien à personne. Il se débrouille dans son petit coin.

Ou bien, le bon chef d’établissement, c’est celui qui mouille sa chemise, qui mobilise ses personnels et il n’a que sa force de conviction ? Il n’a d’autre pouvoir que sa force de conviction. Est-ce que c’est celui-là le bon chef d’établissement ? Eh bien, moi, je crois que c’est ça.

E.D. Faire reposer une politique publique sur la seule force de conviction, c’est quand même peut-être un peu léger… Est-ce qu’un jour on va aller vers le salaire au mérite des enseignants ? Parce que c’est aussi la crainte qu’il y a derrière. Parce que si on parle performance des chefs d’établissement et des établissements, à un moment, on parle de performance des enseignants…

B.T. – Absolument. Mais déjà aujourd’hui, les enseignants l’oublient et ne le disent pas, ils avancent. Et leur avancement aujourd’hui, il est soit au grand chois, soit au choix, soit à l’ancienneté.

E.D. – Ils n’avancent pas tous de la même manière…

B.T. – Ils n’avancent pas tous de la même manière. Leur salaire n’est pas le même en fonction de leur notation car c’est ça l’essentiel, c’est la note. Aujourd’hui, ce système de notation des enseignants des enseignants est archaïque. Tout le monde est d’accord là-dessus, simplement, les syndicats ne veulent pas de système avec l’évaluation au mérite. Mais je pense qu’il faut trouver un autre système de gestion des ressources humaines.

E.D. – Peut-être qu’on vous retrouvera un jour pour parler de performances des enseignants… »

 

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Les directeurs d’école peuvent à maintes reprises s’approprier les propos de Bernard Toulemonde notamment lorsqu’il justifie le régime indemnitaire des chefs d’établissement en déclarant : « C’est vrai que beaucoup d’entre eux se donnent beaucoup à leur tâche ». Ou encore lorsqu’il décrit les qualités du « bon chef d’établissement ». Là aussi, plus encore que les personnels cités par l’ex-IGEN, le directeur d’école « mouille sa chemise » et a besoin d’une « force de conviction »  hors du commun pour mobiliser son équipe et faire tourner son établissement. Car lui, sans statut, ne peut compter que sur sa seule « force de conviction »… et rien d’autre. Pas même les primes. Et comme le dit très justement Emmanuel Davidenkoff, « faire reposer une politique publique sur la seule force de conviction, c’est quand même peut-être un peu léger… ».

Quand le ministre et les syndicats enseignants le comprendront-ils enfin ?

 

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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 17:19

 

Il fut un temps, pas si éloigné, où les mots n’étaient pas assez durs pour décrire les maux du collège unique, considéré comme le maillon faible du système éducatif.

C’est encore le message qu’envoie le Haut Conseil de l’éducation (HCE) dans son rapport annuel remis fin septembre au président de la République. Un message qui n’a rien de véritablement nouveau puisque le constat d’une crise du collège, décrit comme un lieu de violence et de malaise, où se révèlent les inégalités scolaires, est dressé depuis déjà quinze ans. Il le fut plus encore au printemps, à travers le rapport de la Cour des comptes.

 

Ce qui est nouveau dans l’analyse actuelle, c’est l’accent mis sur l’école primaire. « Avant le collège, il y a l’école élémentaire », titre le quotidien « Le Monde » le 22/11. « La hiérarchie des priorités n'impose-t-elle pas de se préoccuper d'abord et surtout de l'école élémentaire ? », se demande l’auteur de l’article qui s’appuie sur différents rapports qui pointent les faiblesses et le recul des résultats de l’école. « Pourtant, chaque nouveau ministre de l'éducation a prôné, à sa façon, le "retour aux fondamentaux", à l'école élémentaire en particulier. Depuis le temps, ce recentrage devrait être opéré ! » poursuit l’auteur.

 

La commission Attali vient également de se pencher sur l’école primaire. « L’école primaire doit être largement réformée. C’est notre premier grand chantier de long terme. » (relire notre article du 4 novembre). Dans son rapport, Jacques Attali indique qu’une « mauvaise école primaire est un obstacle à la croissance ». Parmi ses propositions, il convient, dit-il, de « renforcer l’autonomie et le rôle du directeur d’école ».

 

A leur tour, les politiques se saisissent du thème qui semble porteur. Chacun y va de sa proposition pour améliorer le fonctionnement de l’école primaire.

Ainsi, Jean-François Copé, nouveau Secrétaire général de l’UMP, veut s’attaquer au « tabou de l'illettrisme ».

« Il est donc impératif de s’attaquer à ce grand tabou de l’illettrisme dans notre société. Et cela dès l’école primaire. C’est dans cet esprit que j’ai proposé qu’à la fin du CM2, une «validation des savoirs fondamentaux» soit instaurée afin de vérifier que tous les élèves qui passent en 6e savent lire, écrire, compter. Cela doit redevenir une priorité nationale, la priorité des priorités de notre école ! » Pour atteindre son « objectif de 100% de réussite », le député propose de travailler davantage sur trois leviers :

1/ Faire plus confiance aux acteurs de terrain : en confiant plus d’autonomie aux directeurs d’établissement qui doivent devenir les vrais patrons de leur école. En leur donnant la possibilité de recruter l’équipe éducative, de définir avec eux un projet pédagogique adapté, de dédoubler les classes là où c’est nécessaire… Bref, c’est aux équipes pédagogiques de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour arriver aux 100% de réussite ! Au final, le directeur devra rendre des comptes aux parents et à l’Education nationale.

 

2/ Donner aux maîtres d’écoles les outils pour réussir: dans l’apprentissage, il y a des méthodes qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. Il y a toujours des débats homériques entre méthodes globales, syllabiques, semi-globales… Pour moi, ce ne doit plus être une question d’idéologie. Il faut prendre les méthodes qui font leurs preuves et les appliquer. Aujourd’hui, les maîtres d’école sont souvent seuls face à leurs classes, sans retour sur les meilleures méthodes. Ce sera le rôle du directeur de faire partager les bonnes pratiques, d’accompagner la formation des maîtres, d’évaluer les résultats en permanence…

 

3/ Mieux organiser l’année scolaire en n’ayant qu’un objectif en tête: l’intérêt des enfants. L’année scolaire est trop lourde et peu adaptée aux rythmes des enfants. Cela explique en partie le stress et la fatigue de nos écoliers. La France est un des pays où dans une année, il y a le moins de jour de classe (140) et le plus d’heures de cours (913), pour un enfant de 7-8 ans. Par exemple, en Finlande, qui est mieux classée dans les comparaisons internationales, c’est presque 50 jours de plus par an, mais 300 heures de cours en moins! Cela veut dire que les écoliers français ont les journées les plus chargées. Je souhaite que nous nous donnions plus de temps pour apprendre, accompagner les enfants… Le passage à la semaine des 4 jours, c’est pratique pour les parents, mais ce n’est sans doute pas l’idéal pour les enfants. Il faudra probablement revenir à la semaine de quatre jours et demi, en faisant le point école par école pour choisir les solutions les plus adaptées. Et pourquoi ne pas raccourcir un peu les vacances d’été ? L’idée, c’est d’apprendre autant de choses en prenant plus son temps ! »

 

D’autres solutions sont envisagées pour réduire l’échec scolaire. L’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville née en 1991 de l’envie de lutter contre les inégalités dans les quartiers populaires) vient de se faire connaître du grand public en lançant un appel « pour la suppression des notes à l’école élémentaire ».

Les auteurs de cet appel font état de la « pression scolaire précoce » d’un « système élitiste » de notation qui provoque « fissuration de l’estime de soi, détérioration des relations familiales, souffrance scolaire ». Leur conclusion ? « Devant l’urgence d’apporter des réponses concrètes à la souffrance scolaire, nous devons franchir un palier supplémentaire », estiment les signataires qui réclament la suppression de « la notation à l’école élémentaire qui doit être l’école de la coopération et non de la compétition ».

Appel immédiatement relayé par quelques signataires parmi lesquels Richard Descoings (Directeur de Sciences Po Paris), François Dubet (sociologue, professeur à l'université Bordeaux-II et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales), Michel Rocard, Eric Debarbieux (responsable de l’Observatoire international de la violence à l’Ecole) et Daniel Pennac (écrivain) qui reprennent des slogans tels que : « l’obsession du classement stigmatise des élèves qu’il enferme dans une spirale d’échec ».

On se souvient que dans les années 70, une première offensive incitait fortement les enseignants à remplacer les notes par un système de cinq niveaux (A,B,C,D,E) qu’ils avaient vite « rebricolé » en un système à 15 niveaux avec des A+ et des A- ….

Philippe Meirieu, pourtant très critique sur l’utilisation des notes n’a cependant pas rejoint les signataires de l’appel. « Je ne pense pas que les notes, à elles seules, puissent être considérées comme responsables de l'ensemble de l'échec scolaire. Les méthodes d'apprentissage sont, bien évidemment, en cause. Et il ne faut pas confondre le thermomètre avec la température. »

Et d’ajouter : « D'une part, je pense qu'il faut supprimer l'évaluation des professeurs telle qu'elle est aujourd'hui pratiquée par les inspecteurs. Cette évaluation est, trop souvent, infantilisante.

D'autre part, je crois que la plupart des professeurs souhaitent véritablement faire progresser leurs élèves. Ils souffrent de ne pas y réussir autant qu'ils le souhaiteraient, et ils pourraient trouver beaucoup plus de satisfaction avec une pédagogie de la réussite plutôt qu'avec une pédagogie de la sanction. »

 

Si le Sgen-Cfdt soutient l’Afev, les autres syndicats se montrent plus prudents et préfèrent mettre l’accent sur les moyens nécessaires à un meilleur fonctionnement de l’école primaire. Leur préoccupation du moment concerne la suppression des EVS aide administrative, « avancée » acquise par la signature du protocole signé par le SE-Unsa en 2006.

Le SE comme le SNUipp se félicitent de l’action menée auprès des parlementaires pour récupérer l’aide administrative à destination des directeurs d’école. Chacun y allant de son communiqué victorieux…

« Budget : une bataille gagnée pour l’aide administrative.

Les interventions du SE-UNSA auprès de l’ensemble des groupes parlementaires pour le maintien de l’aide administrative ont payé.

Un amendement au projet de loi de finances, proposé par le groupe socialiste, a été adopté à l’unanimité avec le soutien du Ministre Chatel.

Réaffectant une partie des crédits « heures supplémentaires » vers le programme « vie de l’élève – encadrement éducatif », cet amendement permet de retrouver le nombre d’emplois aidés de 2010.

Le SE-UNSA engrange ainsi une avancée essentielle et poursuit son action pour que l’aide administrative retrouve toute sa place dans nos écoles. »

 

« Un amendement adopté et voté par l'assemblée nationale permettrait de réduire fortement les suppressions du nombre d’EVS.

C’est entre autre un des résultats de l’action intersyndicale.

Dans le cadre des discussions budgétaires, le SNUipp a rencontré des députés et  des sénateurs et, à chaque fois, attiré l'attention sur la situation des EVS.

Vers un retour du volume d’EVS au budget 2011 identique à 2010 ?

Le budget 2011 prévoyait initialement 133,8 millions d’euros pour financer 38 000 emplois aidés dans l’éducation nationale, en baisse de 4 500 par rapport à 2010. Cette baisse était la conséquence de la hausse de la part du ministère de l’éducation dans le financement des emplois aidés de 10% à 30% au 1er janvier 2011. Un amendement adopté lors du débat budgétaire à l'assemblée nationale a acté le transfert de 20 millions d'euros du programme enseignement public du second degré vers le programme vie de l’élève pour financer des EVS. Ces 20 millions devraient permettre d’augmenter le nombre de contrats aidés EVS de 5 000 et de retrouver ainsi le volume d’emplois de l’an dernier.

Pour l’instant, les missions de ces EVS ne sont pas précisées (aide administrative ou accompagnement de la scolarisation des élèves en situation de handicap). Le débat parlementaire sur cet amendement a mentionné ces 2 missions.

Ce transfert dans le budget de l’éducation ne sera pas suffisant, il faudra également que le budget emploi-travail (programme accès et retour à l'emploi) finance également ces emplois (les 70% restants). Le ministre du budget avance le chiffre de 70 millions d’euros (nos calculs font état de 33 millions). »

 

Ce combat ne peut être suffisant à lui seul. On le sait, les milliers de postes supprimés chaque année, le non-remplacement des personnels, la disparition de la formation initiale et continue, l’absence de statut de l’école et de son directeur… sont autant de mauvais coups portés à l’école.

On ose espérer que parlementaires et intellectuels ne considèrent pas le rétablissement des EVS et la suppression des notes comme des remèdes aux causes de l’échec scolaire et au malaise des directeurs d’école.

Les élus de la nation et les élites bien-pensantes ne devraient-ils pas d’abord se soucier de réorienter la politique éducative du pays afin de s’attaquer, enfin, aux véritables problèmes connus et dénoncés dans tous les rapports.

On attend d’eux qu’ils placent l’école au sommet de « la hiérarchie des priorités ». S’ils ressentent un frisson devant l’ampleur du budget consacré à l’école, qu’ils s’imprègnent des conclusions de l’édition 2010 du rapport de l’OCDE « Regards sur l’éducation » dans lequel la France est de nouveau montrée du doigt en matière d’investissement éducatif.

Selon les comptes de l’OCDE, « un investissement massif dans l’éducation rapporte à la société un bénéfice trois fois supérieur au coût de l’effort consenti », « investir dans l’éducation est une très bonne affaire ». Notamment pour le fisc. « Le retour sur investissement pour les pays qui mettent le paquet est garanti » expliquent encore les experts de l’OCDE… Le message sera-t-il entendu ?

 

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