Une charge féroce contre les enseignants

Dans « Côté Mômes » de mars 2009, un magazine gratuit
qui se veut partenaire des parents, Laurent Rochut, éditorialiste, ne pratique pas la langue de bois… Il ne fait pas, non plus, dans la nuance… Dès le titre de son éditorial, le ton est
donné…
Enseignants, gnants ! gnants !
« C‘est un usage en France de louer les enseignants pour leur
courage, leur abnégation, la dévotion avec laquelle ils tiennent à bout de bras l’Education nationale. Les évaluations se succèdent, soulignant la médiocrité des performances de notre système
éducatif ; on a beau démontrer que pour chaque euro dépensé, nombre de pays obtiennent de bien meilleurs résultats que le nôtre, rien n’y fait ! Aucun ministre ne peut tenir tête bien
longtemps à la première armée de fonctionnaires de France. Si vous ajoutez à ça que les syndicats de parents d’élèves les plus influents sont assez mitoyens des syndicats enseignants quand il
s’agit de mettre un bulletin dans l’urne, cela fait bien plus de connivences qu’il n’en faut pour que les choses changent dans la grande maison de la rue de Grenelle. Un ministre de l’Education,
Lionel Jospin, faisant de l’éducation une priorité nationale en 1989, déjà, avait appelé à mettre l’enfant « au cœur du système éducatif ». On attend toujours !
Les professeurs des écoles, pour parler d’un corps que je connais
bien pour en avoir fait partie près de dix ans, peuvent choisir l’école où ils enseigneront au privilège de l’ancienneté, à peine corrigé par une note de mérite qui, elle aussi, est largement
indexée sur le temps passé dans la boutique. L’intérêt des enfants, selon les quartiers où on les oublie, à avoir en face d’eux des enseignants adaptés à leur situation est bien secondaire.
Qu’importe, il y aura toujours un ministre ou un syndicaliste pour louer le mérite des enseignants, dans la masse, collectivement, pour ne pas avoir à faire le tri. Pourtant, c’est bien là que le
bât blesse. L’Education nationale, dans ses grandes largeurs n’a pas de troupes à la hauteur de la bataille à mener. Elle compte des godillots à foison, mais, quand ils défilent, c’est pour
clamer haut et fort les excuses qu’ils se trouvent de ne pas pouvoir faire mieux.
Concluons par un problème d’arithmétique. Sur 10 enseignants, quand
vous avez retranché ceux qui font ce métier pour être chez eux à 17 h, ceux qui ont fini par ne plus pouvoir sentir les gosses, ceux qui ne les ont jamais aimés, ceux qui travaillent avec les
mêmes fiches de préparation depuis quinze ans, ceux qui se sont arrêtés là parce qu’ils n’ont pas pu, ou pas su, épanouir sur le terrain de la recherche leur passion des maths, de la physique ou
de l’histoire, ceux qui passent le tiers de leur temps à faire classe dans un labo de citoyenneté pour futurs syndicalistes, combien en reste-t-il pour faire de leur classe un creuset
d’enthousiasme et d’appétit de connaître ? Pendant que vous cherchez, des instituteurs font la grève du soutien scolaire en salle des maîtres et la réforme des lycées est remise aux calendes
grecques. »
Réponse de l’auteur sur son blog
« En réponse à ceux que mon édito de mars 2009
a choqué
Par quel mystère, ceux qui me répondent faire leur
métier avec dévouement se sentent ils concernés quand je stigmatise, dans un éditorial, une disparité entre les enseignants dont les enfants sont les premières victimes ?
Pour l’exemple, je connais une école en Banlieue
parisienne où 9 enseignants sur 10 refusent de mettre en place le soutien scolaire, faisant de la « résistance passive en salle des maîtres ». Le comble, c’est que celui qui s’occupe de ses
élèves à la pause méridienne doit presque s’excuser ! des exemples comme ceux-là, j’en ai plein ! Malheureusement !
Mais, à lire les commentaires qui m'ont été adressés, s’il est une certitude dans laquelle je me sens raffermi à l’issue de ce édito, c’est que l’esprit de corps est plus que jamais une constante
chez les instits. Il est dommage que ce soit plus pour se « couvrir » que pour faire avancer le bateau. Après 10 ans passés en ZEP, 10 ans sans aigreur et plein de beaux souvenirs, contrairement
à ce que vous pouvez penser, 10 années que j’ai passées volontairement sur un terrain que beaucoup désertent pour se mettre à l’abri dans un centre ville bien bourgeois et paisible, je me permets
d’avoir, moi aussi, un avis sur la question de l’Education nationale, ne vous en déplaise et quoi que ma vie m’ait conduit à faire depuis.
Beaucoup invoquent régulièrement le droit de
manifester, je réclame pour ma part celui de me manifester. Affaire de style. Se noyer dans la masse ou se permettre de porter la contradiction, mais avec l’envie que les choses changent vraiment
à l’Education nationale.
Mon propos est de dire que si bien des professeurs
des écoles font un travail extraordinaire dans leur classe, j’en connais encore et ceux-là d’ailleurs ont trouvé aussi du vrai dans mon article, bon nombre, aussi, n’ont rien à faire dans une
classe. L’égalitarisme absolu de notre institution permet à des gens de nuire aux gosses et d’attendre la retraite sans être inquiétés.
Peut-être n’en avez-vous jamais croisés dans votre
carrière... Je suis même malheureusement certain que ceux qui réagissent le plus sont ceux qui devraient partager mon agacement.
On m’objecte que de taper sur l’EN est devenu un
sport national et qu’à ce titre, quand on l’aime, il faudrait se taire !! Mais si l’Education nationale acceptait la contestation en son sein, si elle acceptait les réformes sans faire
systématiquement bloc, on ne serait pas obligé de l’interpeler publiquement.
On m’objecte également que je voudrais faire le jeu d’une privatisation de l’enseignement, mais c’est déjà le cas ! La discrimination sociale permet aujourd’hui aux plus aisés de mettre leur
enfant « à l’abri » dans le privé et se sent légitimer par le fait que l’Education ne sait pas se réformer.
On m’objecte enfin que dans tous les métiers il y a
des moutons noirs et qu’à ce titre l’EN n’échappe pas à la règle. Mais elle devrait s’en faire un devoir car dans son cas, il s’agit d’éveiller des enfants au monde et de les préparer à l’avenir.
Mais, et c’est ce que je souhaitais stigmatiser par mon article, il me semble que moins que les autres, l’Education nationale sait se protéger d’une erreur de recrutement et, par la suite, des
défaillances professionnelles. Le recrutement, la formation professionnelle en privilégiant les contenus sur l’aptitude humaine à encadrer une classe sont à l’origine d’un tel malentendu.
Ensuite, avec une inspection de 1h30 tous les 3 ou 4 ans et aucun encadrement par un semblant de hiérarchie, on accepte de faire courir un risque aux enfants qu’aucune autre branche
professionnelle ne tolérerait. Autrement dit, on joue la liberté et l’indépendance des enseignants contre le principe de précaution auquel devraient avoir droit les enfants.
En résumé, je n’accuse pas les enseignants d’être nuls mais j’accuse l’institution de ne pas protéger assez les enfants et de ne pas permettre aux bons enseignants d’insuffler leur dynamique à
l’institution.
Quoi qu’il en soit, j’ai aimé ce métier et l’aime
encore bien assez pour me sentir le droit d’avoir un avis… mais j’oubliais, à l’école de la tolérance, dans certains syndicats, on ne veut pas voir une tête qui dépasse.
La mienne, de tête, certains l'aimeraient au bout
d'une pique. Ils ont une conception assez Robespierriste du débat d'idées. Pour ma part, je tiens mon sens de la démocratie de Voltaire, celui qui disait "Je ne suis pas d'accord avec vos idées
mais je serais prêt à mourir pour que vous puissiez les exprimer." »
« L’art de conférer »
selon Xavier Darcos
« D'où vient ce soupçon perpétuel qui pèse sur nos gouvernements » interroge Xavier Darcos dans une tribune du Monde.
« Comment expliquer que dans un pays qui a magnifié à ce point l'usage de la raison ou l'examen des preuves, le rationnel semble exilé du débat public, tandis que la
rumeur, l'outrance, la théorie du complot ou le déni de vérité s'instillent jusque dans les sphères les plus éclairées du monde intellectuel ? »
Toutes ces critiques irrationnelles
sont colportées par Internet. « Il suffit, pour s'en convaincre, de fréquenter certains blogs ou certains forums dans lesquels les exposés les plus
brillants sont parfois consacrés aux arguties de thèses les plus insensées, assorties de procès en sorcellerie ad hominem ».
« Comme ministre, mais aussi comme professeur, je crois que
nous devons sortir le débat d'idées de ce registre polémique, sophistiqué et agressif, dans lequel il est actuellement tenté de s'enfermer. Les politiques ne sont pas les ennemis du
savoir...
Bref, et si on retrouvait cette forme de l'excellence de l'esprit
français, "l'art de conférer" ? »
Retour d'un vieux serpent de mer : le
redoublement
Mai 2008 : Selon une information de la radio RTL, le ministre aurait donné des consignes aux chefs d'établissement pour limiter les redoublements. Plusieurs chefs d’établissement auraient reçu des lettres avec
des objectifs chiffrés.
Raison invoquée : « le
redoublement coûte trop cher et ne serait pas efficace.»
Une information aussitôt démentie par le ministre de
l’Education, qui soutient n’avoir donné « aucune consigne » qui rappelle dans un communiqué que « seuls les
professeurs réunis en Conseil de classe autour des chefs d’établissements sont habilités à décider du redoublement d’un élève ». Et le ministre de rétorquer : « La baisse du redoublement sera la conséquence de l’amélioration engagée du système scolaire. Elle ne se décrète pas.»
Mars 2009 : de nouveau, le sujet est d’actualité. Pour Xavier Darcos, « le redoublement n'est pas une solution satisfaisante, mais
le limiter ne se décrète pas ». C'est la raison pour laquelle le ministre a, depuis son arrivée, multiplié les systèmes de soutien. « Pour y
parvenir, nous avons mis en place des dispositifs d'aide personnalisée, notamment dans le primaire, avec les deux heures de soutien, mais aussi les stages de remise à niveau pendant les
vacances, détaille Jean-Louis Nembrini, directeur général de l'enseignement scolaire. Au collège, avec
l'accompagnement éducatif qui concerne l'aide aux devoirs. »
Une chose est sûre : le ministère ne verrait que des avantages à limiter le redoublement. Pour des
raisons pédagogiques, d’abord. Car, dit-on dans l’entourage du ministre, « enseignants et spécialistes de l'éducation
considèrent que nombre d'élèves, en situation d'échec, ne profitent pas d'une année supplémentaire.»
Pour des raisons financières, ensuite, notamment en période de
crise. Car le redoublement coûte cher d’autant plus que la France est championne en la matière : En moyenne, 38 % des élèves de 15 ans ont déjà
redoublé une fois, contre 13 % pour la moyenne des pays de l'OCDE.
Selon Philippe Meirieu, supprimer totalement le redoublement permettrait d'économiser pas moins d'un milliard d'euros.
La pratique n'existe déjà plus Norvège, Japon ou Corée. Elle n’est que de 3 % en Finlande. Des pays figurant pourtant en bonne place dans les
classements éducatifs internationaux.
Officiellement, au ministère, on
affirme que le sujet est délicat, car « seuls les enseignants sont habilités à décider des passages en classe supérieure ».
Autre difficulté : en fin de troisième,
les parents, eux, préfèrent toujours que leur enfant redouble plutôt que d'être envoyé vers une voie professionnelle ou technologique.
Le ministre compte bien prendre des
initiatives afin que raisons financières et pédagogiques fassent bon ménage… La meilleure façon de faire des économies sans se voir reprocher une aberration pédagogique comme ce fut le cas pour
d’autres réformes…
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